Que faire ensuite ? Comment ça va continuer ?

Au Togo, après deux reports, les élections législatives tant atten¬dues, ont finalement eu lieu le 14 octobre 2007. Membre du réseau Togo-Allemagne, la Mission de l’Allemagne du Nord (communément appelée Mission de Brême) a participé ensemble avec EED (Evan¬gelischer Entwicklungsdienst c’est-à-dire le Service des Eglises Evangéliques en Allemagne pour le Développement) à la mission d’observation de ces élections pour le compte de la CETA (Confé¬rence des Eglises de Toute l’Afrique). Nous avons parlé avec Dr. Uta Andrée, observatrice à cette élection et membre de l’Assemblée Générale de la Mission de Brême à son retour de mission. Ses im¬pressions donnent à réfléchir surtout pour la poursuite de la démo¬cratisation du pays.

Après les violentes troubles et les brutalités des forces de l’ordre lors des élections présidentielles organisées à la suite du décès du dictateur Gnassingbé Eyadéma en 2005, ces dernières élections ont été considérées comme un test déterminant pour le processus démocratique et la volonté d’instauration d’un état de droit, pour le nouveau président et fils d’Eyadéma, Faure Gnassingbé.
Ce qui a été impressionnant c’est à la fois le taux élevé de partici¬pation (85 %) et la grande disponibilité des électeurs qui ont at¬tendu parfois des heures avant de pouvoir accomplir leur devoir civique. Mais aussi la conscience avec laquelle les membres des bureaux de vote et les observateurs ont apporté leur contribution au déroulement pacifique des élections. Il fallait toujours de nou¬veau expliquer la procédure électorale qui était nouvelle pour presque tous les participants et de surcroît assez compliquée, toujours de nouveau, il fallait se renseigner et recompter les voix, les cas douteux comme par exemple: si un bulletin de vote por¬tant de signature était valable ou non, devaient être clarifiés. Une tension particulière avait plané sur le scrutin et surtout lorsqu’il s’est agit de centraliser les urnes des différents bureaux de vote et de porter ensemble les résultats. Certains membres des bureaux de vote avaient dû attendre deux jours et deux nuits pour que les résultats de leur bureau soient enregistrés et pour qu’on puisse arriver à faire la synthèse globale.


Sur le déroulement du scrutin

Dans sa première évaluation (analyse) du scrutin, la coalition des organisations de la société civile pour l’observation des élections a évoqué à la fois les problèmes et les éléments positifs du proces¬sus électoral. Elle a critiqué entre autre le retard pris pour ouvrir certains bureaux de vote, l’insuffisance des timbres qu’on devrait apposer sur les bulletins de vote pour leur validation, ainsi que le nombre relativement élevé du vote par procuration. Elle rapporte en outre de l’insuffisance de formation des membres des bureaux de vote et le manque de bonne volonté chez certains d’entre eux à aider les électeurs dans l’utilisation des nouveaux documents de vote auxquels ils ne sont pas habitués. En revanche selon Dr. Andrée, on a insisté aussi sur le fait que tout le processus électo¬ral était empreint d’un climat de paix et de sérieux, observé déjà lors des inscriptions sur la liste électorale et durant la campagne. Le taux de participation très élevé et l’observation des élections par des observateurs nationaux et internationaux prouvent bien de la manière dont le peuple togolais veut participer à l’instauration de sa (la) démocratie.
Le rôle de la Commission Nationale Indépendante (CNI) a été par¬ticulièrement mis en évidence: malgré les multiples difficultés, celle-ci s’est véritablement efforcée à créer les conditions néces¬saires à la mise en œuvre de ce scrutin. Il est cependant indis¬pensable d’aller au-delà de l’aspect technique de cette mise en œuvre. Voilà pourquoi les observateurs insistent: « Les élections parlementaires du 14 octobre sont certainement un pas impor¬tant dans la vie de la nation togolaise. Mais cela ne veut pas dire qu’elles peuvent toutes seules régler les problèmes urgents aux¬quels est confronté le pays dans les domaines de la gouvernance, des exigences de la constitutionnalité, du développement et de la cohésion nationale ».

Les résultats des élections

A ce sujet, il faut tout d’abord prendre acte du résultat des élec¬tions. Les gagnants et les perdants de ces élections vont proba¬blement analyser différemment les résultats indiscutables et doi¬vent en tirer les conséquences pour la mise en œuvre de leur po¬litique dans l’avenir. Pour beaucoup ces résultats sont d’abord surprenant et repartirent de façon claire les sièges au Parlement: 50 sièges pour l’ancien parti unique RPT, 27 pour la grande for¬mation de l’opposition UFC du fils du premier Président Gilchrist Olympio et 4 pour le CAR de l’Avocat et Défenseur des Droits de l’Homme, Yawovi Agboyibo, celui-là qui a aussi dirigé le Gouver¬nement de Transition précédent.
Cette répartition claire des sièges fausse cependant les résultats et dépend avant tout du découpage inégal des circonscriptions électorales et du mode de décompte des voix pour lequel tous les partis se sont mis d’accord avant le scrutin.
Plusieurs circonscriptions électorales relativement petites au nord face à de grandes circonscriptions avec beaucoup plus d’électeurs comme par exemple celle de la capitale Lomé peuvent envoyer chacune le même nombre de deux à cinq députés au Parlement. La répartition des voix exprimées telle que publiée par le site offi¬ciel du gouvernement togolais (www.republicoftogo.com) présente une autre image qui devra être prise en compte dans l’appréciation des rapports des forces politiques en présence:   RPT  922.636 (32,7 %), UFC 867.507 (30,8 %), et CAR 192.218 (6,8 %) tout comme 838.484 (29,7 %) pour les autres partis et les suffrages nuls. De façon générale, on observe dans le pays une répartition inégale des voix. Alors que le sud a voté dans sa grande majorité pour les partis de l’opposition, le nord quant à lui, a exclusivement voté pour le RPT – qui y est bien ancré.
Il est maintenant important qu’après les élections, les protago¬nistes politiques ne considèrent pas ces résultats comme une rai¬son pour d’une part s’appuyer exclusivement sur une partie comme garantie de la conservation du pouvoir ou pour d’autre part, exclure l’autre partie de toute possibilité de participation politique. Car les défis socio-économiques et politiques actuelle¬ment à l’ordre du jour sont énormes. La situation sociale est as¬sez dramatique: un enfant sur trois dans la région des savanes et un sur cinq dans la région côtière souffre d’une malnutrition chronique. C’est quand même deux fois plus que dans les pays voisins comme le Bénin et le Ghana. La santé publique et l’éducation nationale ont été impudemment délaissées ces derniè¬res années. Ce qui est épouvantable, c’est l’atmosphère de dé¬pression, de terreur généralisée et de désespoir au sein de la po¬pulation.

Les élections et le développement de la démocratie

C’est pourquoi il est important que le nouveau gouvernement formé s’occupe des problèmes urgents de sorte que toutes les po¬pulations togolaises participent au nouveau décollage économique et à la construction d’un état de droit. Les devoirs essentiels énumérés dans l’accord politique global (APG) signé avant les élections, doivent être maintenant mises en œuvre: la construc¬tion d’un état de droit implique une réforme de l’armée - qui doit rester en dehors du débat politique -, une plus grande indépen¬dance de la justice vis-à-vis des prescriptions politiques, la dé¬centralisation de l’administration et des décisions de politiques intérieures. Après de longues années de dictature, de stagnation et de dépression, tous les groupes de population doivent mainte¬nant participer au nouveau départ. La mise à jour de l’histoire doit tenir compte autant de la perspective des victimes et ouvrir celle d’une vie commune pacifique pour le futur. Cela va être le défi d’une commission vérité et réconciliation, de même que la lutte contre l’impunité actuelle dans le domaine de la violation des droits de l’homme.
Il est évident que les décideurs de l’Union Européenne, de l’Allemagne et de la France qui ont accompagné et financé le pro¬cessus électoral parce que de leur côté ils sont intéressés à aider le Togo dans la construction de son économie, reprennent l’aide au développement gelée depuis quatorze (14) ans. Au regard de l’état très fragile de la démocratie togolaise, il est maintenant im¬portant que les acteurs politiques: gouvernement et opposition, tout comme les partenaires internationaux du Togo pour la cons¬truction économique formulent un objectif commun: celui de la compensation juste et sociale entre les différents groupes de la population, le renforcement d’un état de droit et le droit de l’homme.
Les Eglises, la Société Civile et leurs partenaires internationaux qui se sont engagés pour l’accompagnement et l’observation des élections ont maintenant le devoir de placer toujours de nouveau les intérêts de la population au centre des discussions politiques.

Hannes Menke